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CVJR : les frères de Cabral regrettent l’absence de Moussa Traoré et ATT …

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Comme annoncée, l’audience publique de la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR), pour la troisième fois,  s’est déroulée le samedi 3 avril 2021 au Centre international des conférences de Bamako (CICB). Pour cette nouvelle expérience pour les victimes, le thème central de l’évènement était « les crimes de la disparition forcée »

C’est au cours de la rencontre de justice transitionnelle que deux frères ainés d’Abdoul Karim Camara dit Cabral,  disparu depuis le 17 mars 1980, ont regretté l’absence de Moussa Traoré et Amadou Toumani Touré (ATT) à cette séance de la CVJR.

En effet, c’est devant un public plein d’émotions que les deux frères ainés (Mamadou Bassirou Camara et Farouk Camara) d’Abdoul Karim Camara alias Cabral, ont pris la parole pour relater non seulement la souffrance qu’ils ont eu après la disparition de leur jeune frère en fleur de l’âge, mais aussi et surtout dire ce qui s’est réellement passé dans cette histoire douloureuse.

Tous les deux frères intellectuels et motivés pour la circonstance certifient au cours de leurs interventions qu’au moment où Cabral a été arrêté par les autorités de l’Etat en mars 1980, qu’ils étaient tous en France pour les études. Avant de préciser qu’ils ont été informés de l’arrestation de Cabral, à travers un manuscrit.

Pour réaffirmer les déclarations des frères de la victime, nous avons pu joindre Cheick Mamadou Thiam, un des acteurs du mouvement démocratique, qui à travers une contribution, nous confirme la version des frères ainés du leader estudiantin, non moins étudiant à l’Ecole normale supérieure.

Quid sur la disparition de Cabral

En effet, c’est le 9 mars 1980, la grande sœur de Cabral, Mariam a été mis à la torture par les agents chargés de l’affaire pour savoir où se cache Cabral. Ne pouvant pas continuer à subir cette torture, elle conduira finalement ces agents chez le cousin de Kaba Camara, tailleur à Bacodjikoroni Para. Soumis à la torture lui aussi, le cousin de Kaba Camara, ce dernier montrera le refuge de Cabral à Sébénikoro, à l’Ouest de Djikoroni où une vieille dame innocente annoncera son départ avec des voyageurs. On conduira Kaba au 2ème arrondissement où il sera harcelé et intimidé. C’est ainsi  qu’ils mettront finalement en compagnie de Kaba à la poursuite et à l’arrestation de Cabral à Mansala, un petit village de Niaréna. Après l’arrestation d’Abdoul Camara, un communiqué lui sera transmis pour qu’il le lise en vue de suspendre la lutte. Cette déclaration  a été radiodiffusée pendant toute la nuit du 16 au 17 mars 1980. Contre toute entente, après ce communiqué « imposée », dans la nuit du 17 mars de la même année, des rumeurs circulaient déjà sur sa mort et ses camarades inquiets, viennent s’informer auprès des parents de leur secrétaire général. C’est ainsi qu’au lendemain, le 18 mars, ils reviennent convaincus de la mort de Cabral.  C’est depuis lors, le jeune leader estudiantin à l’époque n’a jamais été retrouvé ni par par ses proches, ni par ses membres de famille qui ont réclamé fatigué le corps ou la libération de leur Cabral.

La création d’un Franc malien fait disparait Fily Dabo, Hamadoun Dicko et Kassoum Touré 

Un autre cas emblématique de disparition forcée, est celui de Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Madouba Kassoum Touré. Ces faits historiques ont été racontés par les fils de ces victimes  qui sont Oumar Hamadoun Dicko, El Hadji Boua Kanté Sissoko, Mamadou Touré.

Prenant la parole avec un cœur de plein de tristesse, M. Oumar Hamadoun Dicko, fils du disparu Hamadoun Dicko soutiendra que parler de l’assassinat de leurs pères, est de faire un retour dans l’histoire.  Et d’ajouter qu’en 1945, après la seconde guerre mondiale, la France a décidé d’octroyer des sièges à ses colonies. Fily Dabo Sissoko, après avoir fait des brillantes études en France, était revenu au pays pour remplacer son père Chef de Canton, il avait comme cousin Mamadou Konaté. Comme Fily Dabo connaissait mieux les français, Konaté et ses compagnons ont désigné celui-ci comme leur porte-parole dans l’Assemblée française. C’est ainsi, qu’il a été député pour la première fois en 1945 pour la Constituante. Mamadou avait pour ami Madouba Kassoum Touré, commerçant de son état qui venait de Banamba (région de Koulikoro, une notabilité parmi les commerçants, membre du bureau de Bamako.

Il précise que lorsque Fily Dabo est devenu député en 1945, qu’il fallait modifier la constitution en 1946. C’est ainsi que Madouba Kassim Touré dira à Konaté de se présenter au lieu de leur proposer Fily Dabo, car indique celui-ci, « tu connais plus nos problèmes que qui que ce soit ». Pour ce faire, il deviendra député, mais cela n’a jamais impacté sur leur amitié, la preuve en est que lorsque Konaté est décédé en 1956, c’est Fily qui a fait l’horizon funèbre de son frère et de son ami.

Ils ont tous morts dans une situation confuse

Dans son allocution, M. Dicko précise qu’en 1962, le jeune Etat du Mali voulait accéder un nouveau système avec la création d’un Franc malien. Cette politique de réforme monétaire a suscité beaucoup d’opposants tant coté commerçants que du coté des leaders du parti de l’opposition PSP. Une marche est donc organisée en ce 20 juillet 1962, au cours de laquelle, nos parents ont été arrêtés respectivement, Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassoum Touré. Ils ont été jugés par un tribunal populaire, poursuit-il,  qui les a condamnés à mort et envoyés au Bagne de Kidal. Avant de déclarer que deux ans après, avec une voix pleine d’émotions, qu’ils sont tous morts dans une situation confuse. «  C’est pourquoi, nous avons décidé de participer à cette audience publique  afin de partager  leur souffrance avec le public, 60 ans » a indiqué l’orateur. A l’en croire, ce récit concerne une centaine de famille qui ont été humiliées, frustrées, dilapidées durant des longues années.

Lamine BAGAYOGO

 

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