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Le phénomène du suicide à de Bamako : « La thèse du surnaturel est fallacieuse, la société est la principale coupable », selon le sociologue Yacouba Dogoni

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De sa construction à nos jours, quelques 135 personnes ont trouvé la mort sous le troisième Pont de Bamako. D’un point de vue sociologique, Dr. Yacouba Dogoni balaie d’un revers de la main la thèse d’un phénomène surnaturel et tient la société comme principale responsable.

Ces dernières semaines, la population de Bamako est hantée par la persistance d’un phénomène étrange et effrayant au niveau du troisième pont. Environ six personnes se sont jetées du pont dans l’eau. La cause de ces cas de suicide anime les débats aujourd’hui. Docteur Yacouba Dogoni, sociologue et enseignant chercheur explique. Selon lui, le suicide est l’acte de se donner la mort intentionnellement. Il rappelle que de la construction du pont à nos jours environ 135 cas de suicides individuels ont été enregistrés.

Selon le chercheur la particularité des cas au 3ème Pont a une explication logique. Il affirme que bien vrai qu’il existe trois grands ponts à Bamako reliant les deux rives de la capitale : le premier nommé Pont des martyrs, le deuxième appelé Pont Fahd et le plus récent appelé troisième inauguré en 2011. Le sociologue soutient qu’au niveau du premier et du deuxième pont, il existe une brigade fluviale spécialisée dans la sécurisation et le sauvetage des usagers de ces infrastructures. Et que ce dispositif sécuritaire manque au niveau du troisième. D’où l’orientation des volontaires vers ce lieu. Il ajoute aussi la position et l’emplacement de ce pont qui serait convenable au suicide. Car, il est le plus long des trois ponts de la capitale. En plus de sa très grande hauteur, il est construit sur un site rocheux, où le courant de l’eau est très puissant, donc favorable à la mort. « En se jetant là-bas, il est facile de mourir et difficile d’être repêché », pense le Docteur.

La question des raisons surnaturelles arrache un sourire au sociologue. Il trouve cette thèse complètement erronée. « Les raisons surnaturelles auxquelles croient certaines personnes sont fallacieuses. Etant donné qu’il existait un ancien pont appelé « Babily koro » à la place de l’actuel troisième pont, qui n’avait pourtant été le lieu d’aucun suicide. », justifie-t-il. Et mieux le sociologue avoue que pendant la construction de ce nouveau pont par les chinois, il y’a eu zéro mort.

La société comme principale coupable

Si des esprits maléfiques ne sont pas les coupables, alors qui est le responsable ?

Dr. Dogoni sans hésité pointe du doigt l’homme et la société. Il explique aisément que d’un point de vue du sociologue, les causes qui poussent quelqu’un au suicide sont généralement obscures, nombreuses et diversifiées. Mais, il indique qu’il y’a des raisons spécifiques qui conduisent à ce phénomène. Et classe les suicides à environ quatre catégories à savoir : le suicide altruiste, (se sacrifier pour sauver la vie de quelqu’un) ; le suicide égoïste ; le suicide fataliste (lorsque l’individu est contre son dessein) ; et celui anomique. D’après lui, le plus courant au Mali est le suicide égoïste. Cette catégorie, explique le sociologue, est favorisé par la discrimination entre les membres d’une famille et dans la vie sociale, la ségrégation des sans emplois, et surtout les problèmes de couple et de foyer. Pour justifier le manque d’emploi comme facteur de suicide, Dr. Dogoni annonce que les gens qui ses sont suicidés dans l’eau étaient majoritairement des jeunes. Il affirme même que certains corps ont été repêchés avec leurs diplômes dans la poche. Dr. Dogoni pense que cela pourrait être aussi le cas de la deuxième personne, Sidiki Bouaré, qui s’était jetée du pont la semaine dernière. Mais pour le premier cas, du nom de Yacouba Niaré, il soupçonne la piste d’un suicide anomique. Car, dit-il, les investigations des uns et des autres ont révélées que le présumé aurait cumulé beaucoup de dettes dont il serait incapable de payer.

Partant, il soutient que tous les morts du troisième pont ne sont pas des suicides. Selon lui, il y a des cas d’accident confondues en suicide. « Vu la longueur du pont, il peut arriver qu’un conducteur s’endorme, en pensant aux soucis et perd le contrôle de son engin. C’est le cas de plusieurs voitures qui finissent leur course dans l’eau.» explique t-il.

Dr. Dogoni soutient que les origines motrices de ce phénomène sont d’abord la mauvaise gouvernance et la mauvaise gestion sociale et familiale, la non reconnaissance du mérite, l’inadéquation du système éducatif et politique, mais également l’impunité, la ségrégation.

Ainsi peut-on prévenir le suicide ? Oui d’après Yacouba Dogoni on peut prévenir le suicide. Suivant ses explications, avant qu’une personne ne se suicide on peut le remarquer dans son comportement, ou son attitude et ses gestes. Il préconise dans ce cas de faire recours directement à un psychologue ou un sage qui peut conseiller et guider la potentielle victime avant qu’il ne commette l’irréparable. « Communiquons nos problèmes pour assistance, apprenons à pardonner et faisons du bien aux autres, Souhaitons toujours du bonheur aux autres », conseille le sociologue pour éviter le suicide.

Jiadata MAIGA        

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